Charges de copropriété : qui paie quoi
Clés de répartition et cas litigieux.
La loi belge oblige le syndic à fournir six documents avant votre offre d'achat. Ils vous disent tout : la santé financière de l'immeuble, les travaux qui arrivent, et la qualité de sa gouvernance. Encore faut-il savoir les lire.
Au sommaire
L'article 3.94, § 1er du Code civil est court, précis, et beaucoup d'acheteurs ignorent son existence. Il impose la transmission de six éléments avant la signature du contrat ou, le cas échéant, de l'offre d'achat ou de la promesse d'achat :
Le syndic doit les communiquer sur simple demande, dans un délai de quinze jours. Pas de recommandé requis à ce stade.
Le point qui bloque le plus souvent. Vous, acheteur, ne pouvez pas exiger ces documents directement du syndic. La loi désigne trois demandeurs possibles : le notaire, l'intermédiaire professionnel (l'agent immobilier) ou le copropriétaire sortant lui-même. Passez donc par eux, et réclamez-les tôt : l'obligation naît avant même votre offre d'achat.
Une seconde série d'informations est réclamée par le notaire, cette fois par envoi recommandé, avec un délai de trente jours. Elle porte sur tout ce qui a été décidé avant la vente mais sera appelé après :
C'est le cœur du contentieux entre vendeurs et acheteurs, et c'est sur cette base que se détermine qui paie les travaux votés avant la vente.
L'article 3.94 comporte une lacune notable : il n'impose ni l'acte de base, ni le règlement de copropriété, ni le règlement d'ordre intérieur. Ce sont pourtant les documents qui déterminent vos droits et vos charges pour les vingt prochaines années.
Les deux fonds ont un sort radicalement différent lors d'une vente, et cette différence se traduit en euros.
| Fonds de roulement | Fonds de réserve | |
|---|---|---|
| Sort à la vente | Remboursé au vendeur, appelé auprès de l'acheteur | Demeure la propriété de l'association |
| Pour l'acheteur | Un coût réel à budgéter en plus du prix | Rien à payer : vous en bénéficiez |
Retenez donc deux choses. D'une part, le fonds de roulement est un coût supplémentaire à prévoir, souvent oublié dans le budget d'acquisition. D'autre part, le fonds de réserve n'est pas racheté au vendeur : il reste acquis à l'association.
La clause à repérer dans le compromis. Rien n'interdit aux parties de convenir que l'acquéreur remboursera au vendeur sa quote-part dans le fonds de réserve. Si une telle clause figure dans votre compromis, c'est une hausse de prix déguisée : un fonds de réserve bien garni doit se refléter dans le prix affiché, pas se facturer en supplément à la signature. À identifier et à négocier explicitement.
La règle par défaut surprend, et elle joue en votre défaveur : les charges extraordinaires et appels de fonds décidés avant la vente mais appelés après sont à charge de l'acquéreur. Vous achetez, et le ravalement de façade voté six mois plus tôt tombe sur vous.
Deux tempéraments :
D'où l'ordre des opérations, qui n'est pas négociable : lire les procès-verbaux d'abord, signer ensuite. Un point « toiture » voté en assemblée il y a huit mois et non encore appelé peut représenter plusieurs milliers d'euros.
En revanche, les arriérés purs et simples du vendeur ne se transmettent pas à vous : c'est au notaire de les retenir sur le prix de vente.
Voici ce qu'un acheteur averti cherche dans les documents. Aucun de ces signaux n'est rédhibitoire seul ; deux ou trois ensemble méritent une vraie discussion sur le prix.
Réclamez les six documents de l'article 3.94, § 1er au vendeur, à l'agent ou au notaire. Ajoutez l'acte de base, le règlement de copropriété et le règlement d'ordre intérieur.
Lisez les procès-verbaux des trois dernières années, ligne par ligne. Repérez les travaux votés, les points reportés et les quorums. Vérifiez les deux fonds et l'existence de comptes distincts.
Réglez explicitement la contribution aux travaux votés avant la vente. Vérifiez qu'aucune clause ne vous fait racheter le fonds de réserve sans contrepartie sur le prix.
Le notaire interroge le syndic sur les dépenses décidées avant et appelées après. Lisez cette réponse : c'est votre dernière chance de découvrir une dépense annoncée.
Le notaire informe le syndic de la vente dans les trente jours. Vérifiez que vous êtes bien enregistré comme copropriétaire, et demandez le budget prévisionnel de l'exercice en cours.
Une dernière remarque, de syndic à acheteur. Les documents que vous recevez ne servent pas seulement à vérifier des chiffres. Ils vous disent comment cet immeuble est gouverné : si les décisions s'y prennent, si les comptes s'y expliquent, si le syndic y répond. Un appartement se rénove. Une copropriété dysfonctionnelle, beaucoup moins facilement.
Le syndic dispose de quinze jours pour répondre avant la signature du compromis, et de trente jours pour la demande adressée par le notaire avant l'acte. L'article 3.94 impose, à défaut de réponse dans ces délais, que le notaire, l'intermédiaire professionnel ou le vendeur en informe les parties. La vente n'est pas bloquée pour autant, mais l'acquéreur signe alors sans information complète.
Le vendeur. L'article 3.94 met les frais de transmission des informations à charge du copropriétaire sortant. Une clause du compromis qui les reporterait sur l'acquéreur s'écarte du texte légal. Ces frais relèvent des prestations complémentaires que le contrat de syndic doit énumérer séparément des prestations forfaitaires, ce qui permet d'en vérifier le montant à l'avance.
Non : le notaire les retient sur le prix. L'article 3.95 lui impose de retenir, sur les sommes dues au vendeur, les arriérés de charges ordinaires et extraordinaires, frais de récupération judiciaire et extrajudiciaire compris, et de les verser à l'association après désintéressement des créanciers privilégiés et hypothécaires. Si le vendeur conteste, c'est le notaire qui en avise le syndic par envoi recommandé dans les trois jours ouvrables suivant l'acte.
Oui, par l'intermédiaire du notaire. L'article 3.94 l'oblige à informer le syndic, dans les trente jours de l'acte, de la date de celui-ci, de l'identification du lot ainsi que de l'identité et des adresses actuelles et futures des parties. C'est ce qui déclenche l'envoi des convocations et des décomptes à la bonne adresse. Tout changement d'adresse ultérieur doit ensuite être signalé sans délai au syndic.
Non. L'action en annulation ou en réformation appartient au copropriétaire au moment de l'assemblée et doit être introduite dans les quatre mois de celle-ci (article 3.92, § 3). L'acquéreur reprend le lot avec les décisions déjà prises, qui lui sont opposables. D'où l'intérêt de lire les procès-verbaux des trois dernières années avant de signer le compromis.
À partir du jour où vous pouvez effectivement jouir des parties communes, soit en pratique la signature de l'acte authentique. L'article 3.94, § 2 le prévoit expressément, sauf convention contraire des parties. Les charges extraordinaires et appels de fonds décidés entre le compromis et l'acte sont en revanche supportés par l'acquéreur s'il disposait d'une procuration lui permettant d'assister à l'assemblée générale concernée.
Nous répondons aux demandes de documents dans les délais légaux, avec un décompte chiffré et justifié. C'est le minimum, et c'est déjà rare.
Clés de répartition et cas litigieux.
Deux fonds, deux comptes, deux logiques.